Pan, Piano, Perfo, Verdon, rive gauche, des ouvertures visionnaires septembre 12, 2011
" Verdon - Grotte de Galetas, on est le 18 août 2011, il est un peu moins de 11h30, lorsque j'entame mon 11ème run dans Les 3 P... (pour Pan, Piano, Perfo). Cette création de Bruno Clément est une longue voie en plafond de grosse conti physique avec deux crux bien techniques et une section très rési limite bloc. Cette voie a été enchainée par Adam Ondra en 2010 et Sébastien Bouin en 2011, validée par ces deux messieurs à 9a. La date et l'heure que j'ai données au début sont importantes puisque je suis née le 18 août 1990 à 12h20. C'est donc à 20 ans que j'ai commencé la voie et le temps de redescendre du relais, c'est donc à 21 ans moins le quart que j'arrive en bas, avec l'immense joie d'avoir réalisé ma première voie dans le neuvième degré et une pensée émue pour Josune".

En 2009, au lendemain de ma réussite de "PullOver", j'avais eu envie d'aller toucher cette variante de Bruno Clément. Les lendemains de réussite sont des journées d'apaisement et de peu de conviction, mais la grotte est fascinante et je fais là une première petite visite dans "les 3P" jusqu'à sa jonction avec PullOver.
Je réalise en 2010 un deuxième run, sans lendemain, avec un copain compétiteur international, Cédric, très fort falaisiste. J'aime bien sa générosité de passionné. La présence de quelques amis me fait succomber à la tentation de ce petit run.
Cette année 2011, plutôt que de céder à ma boulimie de grimpe, comme les années précédentes, j’ai choisi de me consacrer à l’objectif symbolique que représente cette voie. Je disposais de 3 semaines entre les compétitions. J’effectue donc durant le mois d’août, 6 runs finalisés jusqu'au relais, additionnés de 3 runs parfaitement inutiles, avortés avant termes dans le premier tiers de "Pue le fion" , pour cause d'hygrométrie épouvantable rendant les prises « huilées ».

J’étais trop jeune pour savoir comment les premiers 9a féminin avait été interprétés. C’était peut-être parce que précisément Josune a fait "Bain de sang" et les suivantes, que le handicap est peut-être apparu pour la plupart des filles référentes en falaises. Sa filière est bien plus typée bloc et douloureuse que celle que je mets en œuvre. Je suis bien évidemment très honorée de rejoindre la performance de Josune, mais ma filière est différente. Les grimpeurs qui me connaissent et me voient évoluer, m’ont taillé un costume de grimpeuse hyper-conti. Je n'en mesure pas vraiment le mérite car objectivement, je ne vois pas comment une féminine peut évoluer autrement sur cette nature de voie. J'ai donc approché cette ligne par un travail spécifique de chacun des repos que j'ai pu imaginer. Des plus évidents, aux plus travaillés, je crois bien n'en avoir pas laissé passer un seul. Cette voie-là fait 50m et l’ensemble m'a demandé une capacité de gestion peu ordinaire. Certains crux ne sont pas simples à imaginer pour une petite taille. Ils demandent beaucoup plus de mouvements que ce que j'ai vu ou sais des réalisations d'Adam ou de Seb, mais aucun de ces mouvements n’engagent une technicité de type bloc plus ou moins aléatoire. Cette voie est techniquement compliquée sur toute la longueur, mais j’ai déjà rencontré, sur un seul mouvement, des résolutions bien plus contraignantes dans d’autres voies plus courtes.

Au bilan, si la charge globale se différencie par peu de nuance, les crux des 3P sont plus diversifiés et plus difficiles à solutionner que pour Pull-over, pas dans leur technicité intrinsèque, mais dans leur modélisation. C'est bien moins simple de se convaincre de la pertinence de chacun des contacts et de leur agencement . La partie indépendante de PullOver est certes un poil plus longue, mais ne présente pour moi, que 3 crux jusqu'à la jonction. Au delà, les crux sont communs aux deux voies, ce qui de fait, en rajoute une couche supplémentaire à la difficile et très physique résolution propre aux 3P. L'ambiguïté tient aussi à l'intensité des crux communs de fin de voie et donc à la perception des échecs qui peuvent s'accumuler.
Pour ramener une réussite à sa juste proportion, j'avoue que malgré l'expérience ou la connaissance qu'apportent les runs précédents, il reste toujours une pression liée à l'imprévu, comme un suintement, un cachou qui pète, j'en suis presque spécialiste, ou encore l'imprévu d'une surcharge issue d'une erreur technique, qui rejaillit nerveusement. Chacun de mes repos me ressourçaient physiquement, mais me rendaient bien plus consciente de la réussite qui s'accumule. Nerveusement ce n'est pas simple de ne pas craquer, ni de se laisser submerger par l'impatience. Bien que me pensant dans de bonnes dispositions sur la période, j'en suis ressortie assez farcie nerveusement et suffisamment cramée physiquement.

Je n'ai jamais provoqué de voie au delà d'un niveau que je ne me représentais pas, et encore moins par présomption, sauf à m'être faite piégée par l'apparence esthétique d'une poignée de ligne, en définitive bien plus retord et violente. Je me représente à présent l’investissement nécessaire pour réaliser une telle voie. Je pense que c'était l'heure et en tout cas je portais une curiosité suffisamment motivée. L'avoir réalisée est un symbole mais n'est pas une fin en soi. Au meilleur de ma forme, je me sens prête à passer un peu de temps dans de telles voies de qualité, mais ce ne sera jamais un grade pour un grade.

bel effort d'écriture de papa Christian